Sylvie Reig, portrait d’une entrepreneuse

Accueil > Podcasts > Sylvie Reig, portrait d’une entrepreneuse

Sylvie Reig, portrait d’une entrepreneuse

Écoutez l’épisode sur:


Saison 1 – EP 02

Sylvie Reig, portrait d’une entrepreneuse

Sylvie Reig (Dirigeante de FIA Médailles) : On a des gens ici qui connaissent leur métier et qui le pratiquent depuis de longues années… Le personnel adore faire visiter l’usine, adore expliquer ce qu’il fait.

Jingle

Charles Tissier (Cofondateur du Vent à la Française) : Salut à toutes et à tous et bienvenu sur les Podcasts du Vent. À travers ce format, on veut vous faire découvrir notre quotidien, nos valeurs, et celles de nos collaborateurs. Alors ensemble, on part à la rencontre des français qui font bouger les choses.

Jingle

Aujourd’hui je suis avec Sylvie Reig, gérante de FIA Médailles, l’entreprise qui fabrique les médailles de nos bracelets. C’est une entreprise inscrite au Patrimoine Vivant et installée à Dardilly depuis 1928. Quand on discute avec Sylvie, on comprend très vite que c’est une femme qui entreprend, qui aime son entreprise et surtout, ses salariés.


Charles : Sylvie Reig, merci de nous accorder ce podcast pour Le Vent à la Française, c’est un nouveau format pour nous, c’est intéressant de venir à ta rencontre.

SR : Merci, nous sommes très contents de vous recevoir.

  • Charles : Sylvie, peux-tu me présenter ton entreprise et ce que tu fais dans la vie ?

SR : Alors FIA est ce que je fais dans la vie depuis quelques années, depuis 22 ans. FIA c’est le nom de l’entreprise pour Fabrique d’Insignes Artistiques. C’est une entreprise qui date de 1928 et qui a été créée par un bijoutier qui s’appelle OGIS qui date de 1832. Nous avons donc des savoirs-faire qui pour certains, peuvent-être assez anciens. Nous fabriquons des médailles personnalisées suivant le savoir-faire traditionnel de la bijouterie. Nos médailles personnalisées sont plus grosses, la plupart du temps, que les médailles de bijouterie, ça peut aller jusqu’à 90mm de diamètre. Ce sont des médailles qui sont offertes souvent dans des contextes assez officiels, dans l’armée, dans les associations, dans les collectivités locales, la médaille du maire est une tradition qui existe depuis pas mal d’années. Et puis, nous avons fait une petite diversification en fabricant les petits médaillons du Vent à la Française, depuis quelques années. 

  • Charles : Exactement ! Quel est ton rôle dans l’entreprise ?

SR : Je suis cheffe d’entreprise, j’ai racheté l’entreprise en 1998, FIA a connu des hauts et des bas, en 1998, c’était plutôt des bas (rires). C’est une entreprise qui a compté presque 200 personnes à la fin des années 80 avant que n’apparaisse la concurrence asiatique, qui est venue prendre une bonne partie, malheureusement, de ce métier.

  • Charles : C’est donc à cause de cette mondialisation que …?

SR : Voilà, ça a démarré au moment de la mode des pin’s, qui datent du début des années 90. A ce moment-là, il y a certains fabricants qui ont commencé à externaliser et à faire faire à Taiwan les premières pièces. Les Taiwanais apprennent très vite (rires) et sont allés construire des usines en Chine continentale, et c’est vrai qu’aujourd’hui une bonne partie de ces objets viennent d’Asie.

  • Charles : Puisque c’est assez révélateur du « qui on est aujourd’hui », quels étaient tes rêves et tes ambitions ?

SR : C’était d’avoir ma petite boîte (rire). Mon père a racheté une boîte quand il avait 45 ans, après avoir fait une carrière de commercial. J’avais 18-19 ans quand il l’a fait, et ça m’a fait rêver. Être mon propre patron, j’en rêvais. Après, j’ai travaillé quelques années dans des grandes entreprises pour avoir l’expérience et puis a 40-45 ans j’ai décidé de mettre en œuvre mon rêve d’entrepreneuse.

  • Charles : Donc quand tu étais petite tu t’imaginais déjà entrepreneuse ? 

SR : Pas toute petite, mais assez vite ! (rires)

  • Charles : Sylvie Reig, avant FIA médailles, c’est qui ? 

SR : Alors j’ai fait des choses assez variées. Je pense que les femmes ont un côté familial, (je ne sais pas si c’est féministe de dire cela), normalement de plus en plus les hommes aussi, mais moi je suis d’une génération où c’était peut-être plus marqué, avant les enfants et après les enfants, ça a été un plan de carrière assez différent. Quand j’ai terminé mes études d’ingénieur, j’ai fait un MBA aux Etats-Unis, en rentrant en France je suis allée dans une boîte américaine qui s’appelle Procter and Gamble, où j’étais ingénieure de production pendant 3 ans. J’ai ensuite rejoint un cabinet de conseil Américain qui s’appelle Mckinzey où j’ai travaillé pendant 7ans à faire des recommandations sur les organisations des entreprises. Et là, j’avais l’âge pour avoir des enfants et pour racheter une entreprise. C’est donc à ce moment-là que j’ai bifurqué pour devenir une femme “entrepreneure”. 

  • Charles : Donc tu as repris la gérance d’une PME ?

SR : J’ai racheté les parts de FIA en 1998

  • Charles : Après être passée dans des gros groupes, pourquoi as-tu décidé de prendre une entreprise à taille humaine ? 

SR : Il y a un côté financier, quand l’on veut racheter une grande entreprise, cela coûte plus cher. En même temps, j’arrivais à un âge où je voulais avoir des enfants, à la fin de ma carrière de consultante j’avais déjà ma fille ainée, et donc pour moi il était difficile de concilier complètement les deux. J’ai eu 3 enfants en l’espace de 3 ans. Après il a fallu assumer ce côté-là de ma personne. Donc une grosse entreprise avec un gros budget et beaucoup de travail, ça paraissant difficilement conciliable, de mon point de vue, avec ma charge familiale. D’autant plus que mon mari poursuit ses projets qui sont aussi très ambitieux, donc il fallait quand même qu’il y ait quelqu’un qui s’occupe des enfants. (rires)

  • Charles : C’était aussi entreprendre d’une certaine manière.

SR : Voilà ! 

  • Charles : Qu’est-ce qui t’a mené aux portes de FIA Médailles ? Un projet de longue date ? Une opportunité à saisir ? Comment ça s’est déroulé ?

SR : J’ai recherché pendant quelques temps, j’ai vu pas mal d’entreprises. A ce moment-là je me posais la question « est-ce qu’il y a une part de marketing ? » Parce que j’avoue que j’aime bien le fait que FIA soit une petite boîte mais qui représente une part importante du marché des médailles personnalisées. Donc avoir, quelque part, peut-être une boîte avec un budget et une charge de travail raisonnables, mais qui me permet malgré tout de voir des problèmes de direction générale. L’alternative était de reprendre une boîte de mécanique dans la mesure où mes parents étaient dans la mécanique, ça pouvait donc compléter le business familial. Mais la sous-traitance mécanique n’est pas le métier que j’avais envie de faire même si c’était plus complémentaire. Le côté client, création et histoire de FIA était infiniment plus séduisant.

  • Charles : donc c’était plutôt avoir une entreprise de taille nationale et vraiment un acteur ? 

SR : Voilà, au niveau national. Et en même temps il y a une part de création au niveau de la stratégie que l’on n’a pas quand on est sous-traitant mécanique, en rectification ou autre, où l’on va prendre les clients qui se présentent. C’est plus difficile d’être offensif sur certains créneaux. 

  • Charles : Quelles sont tes réussites ? 

SR : Ce dont je suis contente, c’est pour une part, la partie internet. Nous avons digitalisé la prospection, nous avons un site qui nous ramène beaucoup de touches, des leads, ce qui fait que les commerciaux sont devenus un peu paresseux (rires) sur certains aspects et s’alimentent avec certaines touches d’internet. C’est plus facile je trouve de faire du Pull plutôt que du Push, d’attendre que l’on nous propose des projets, au lieu d’aller les chercher. C’est plus rentable, parce que c’est vrai que les médailles personnalisées sont un besoin que l’on trouve dans des secteurs d’activité très variés, que l’on parle du sport, des entreprises, les médailles d’ancienneté ou à l’occasion d’un anniversaire. C’est un besoin qui se rencontre dans beaucoup de secteurs différents mais la probabilité lorsque l’on va prospecter dans le dur, de tomber sur quelqu’un qui veut une médaille, que ce soit une entreprise ou une mairie, est quand même assez faible. C’est tout le plaisir d’internet, on propose quelque chose qui peut toucher tous les acheteurs de France sans avoir à aller tirer des sonnettes un peu partout. On a des gens qui viennent nous demander un projet beaucoup plus spontanément par rapport à avant.

  • Charles : C’est drôle aujourd’hui de se dire que la réussite d’une entreprise presque centenaire est internet, grâce à la mondialisation, c’est beaude voir cette transition. C’est quelque chose que tu as amené finalement ?

SR : Nous avons créé le site en 2007, c’est surtout le référencement qui a commencé à nous ramener des contacts, à partir de 2010.

  • Charles : Donc aujourd’hui, FIA est une entreprise qui a presque 100 ans. Pour toi, il y a 22 ans de présidence, avec des hauts et des bas comme tu le disais tout à l’heure. Quels sont les moments qui t’ont le plus marqué ?

SR : Je dirais que ce sont 22 ans qui sont passés très vite, où j’ai toujours été très occupée. On ne peut pas dire qu’il y avait des grands hauts et des grands bas, car nous avons une clientèle très large, nous faisons beaucoup de petites affaires. Nous avons dans notre clientèle une part de réédition, c’est-à-dire des clients qui ont déjà un outillage chez nous et qui nous font refaire des médailles. Cette part est assez forte, ce qui va niveler les hauts et les bas (rires). Cela va faire que nous avons une façon de tourner qui est relativement régulière. Les bas, je ne peux même pas parler de la crise de 2008 parce que comme nous travaillons à la fois avec le secteur public et privé, souvent quand l’un marche mieux, l’autre marche moins bien. On arrive donc à quelque chose qui est relativement moyen. La crise qui nous touche le plus, c’est actuellement. La partie de l’événementiel qui est affectée par les restrictions dues à la pandémie, que ce soit dans le sport, dans les visites d’usine, de sites, de magasins. On a un certain nombre d’objets qui sont vendus assez largement dans ce genre d’occasion, et malheureusement, c’est le calme plat sur ce front-là. Le point bas d’aujourd’hui c’est « mon dieu combien de temps est-ce que ça va durer » (rires).

  • Charles : Oui, tu me disais tout à l’heure que vous n’êtes pas une société événementielle, mais qui travaille finalement, pour de l’événementiel.

SR : Oui, nous avons une part d’événementiel, la distribution de médailles est très liée à l’événementiel. Ce n’est pas des goodies, mais malgré tout, beaucoup de médailles sont distribuées dans le cadre de compétition sportives qui n’ont plus lieu. Comme je le disais tout a l’heure, des boutiques  ne reçoivent plus des visiteurs du monde entier comme c’était le cas auparavant. Cela affecte globalement notre reprise du mois de septembre. Par contre, je sais que le mois de septembre est toujours un mois un petit bas, donc j’attends la fin septembre pour voir repartir de nouveaux projets car il n’y a pas de raisons qu’il n’y ait pas de choses nouvelles qui apparaissent. 

  • Charles : Oui, il n’y a pas de raison. Quel a été le plus gros challenge pour FIA Médailles ? 

SR : Une part du challenge est le savoir-faire au niveau de la main d’œuvre. On a des gens ici qui connaissent et pratiquent leur métier depuis de longues années. J’ai récupéré une entreprise qui avait une moyenne d’âge assez homogène, en 98 ils avaient entre 45 et 55 ans peut être un peu moins, entre 40 et 50 ans. J’ai eu au fil du temps des renouvellements assez réguliers, et dernièrement un renouvellement plus important. Nous avons remplacé l’an dernier le responsable de production. Quand il y a beaucoup de savoir-faire dans les personnes, c’est toujours une étape un peu délicate, il faut être capable de prendre les gens en doule pendant pas mal de temps pour arriver à avoir cette transmission du savoir-faire. C’est une partie délicate, en particulier pour les entreprises du patrimoine vivant (EPV). Je pense que c’est une spécificité de nos métiers où il y a une part de manuel qui est importante, et le manuel ça se prend en pratiquant.

  • Charles : Aujourd’hui quand tu parles d’humain, quelle est ta vision du management ? Comment fais-tu pour que tes employés s’épanouissent dans ton entreprise qui est presque centenaire ?

SR : J’ai beaucoup de chance, on fait des produits très attirants. Le personnel adore faire visiter l’usine, adore expliquer ce qu’il fait, tout simplement parce qu’ils sont fiers de faire toutes ces pièces qui sont remises dans des circonstances souvent particulières, c’est pour venir récompenser quelque chose. Dans le cas des bracelets Le Vent à la Française, c’est aussi un cadeau, vraisemblablement, qui montre un attachement particulier. Dans la médaille il y a un côté émotionnel qi est important par rapport à ce que l’on rencontre dans les goodies par exemple. 

  • Charles : Oui, c’est quelque chose qui dure dans le temps ! 

SR : Voilà, qui dure dans le temps et qui est attaché à un souvenir particulier, donc ils sont très fiers de montrer qu’ils font ces objets qui sont par définition, beaux. Ce sont essentiellement des choses qui n’ont pas d’utilité particulière mais qui sont là pour être belles, et qui en plus sont distribuées dans des organisations très flatteuses. On travaille pour la présidence de la République, pour le Charles de Gaulle, pour toutes les grandes institutions du pays. Ils sont très épanouis par rapport aux produits qu’ils fabriquent. Je ne crois pas avoir connu beaucoup de démissions depuis que je suis là, les gens restent, aiment ce qu’ils font et aiment les produits qu’ils fabriquent. 

  • Charles : Un côté sentimental dans leur métier mais aussi dans les objets qu’ils produisent.

SR : Voilà, exactement !

  • Charles : En parlant de travail et d’objet, quelle a été la demande la plus compliquée à réaliser ?

SR : Alors, on a fait une médaille de 1m de diamètre pour le syndicat national des moniteurs de ski français, donc une médaille qui est accrochée sur un mur. Elle était en fonderie de bronze, ça ne pouvait pas être fait en estampage, cette médaille avait beaucoup de couleurs. Effectivement, on s’est posé pleins de questions mais finalement ça n’a pas été si compliqué. On s’est beaucoup gratté la tête, la dimension peut-être un facteur de complexité. Quelquefois, nous avons des clients qui nous demandent des choses avec de la couleur, sur la face, sur le revers, des finitions qui sont très particulières, et ça peut effectivement engendrer des longues réflexions sur la façon dont on va pouvoir faire.

Charles : Comme tu le disais, l’un de tes clients est la présidence de la république, est-ce que c’est une pression supplémentaire de travailler pour eux ou c’est un client comme les autres ? 

SR : On essaye de faire aussi bien que pour les autres et il faut que ce soit une belle médaille bien sûr. Mais l’on fait ça pour tous nos clients, on essaye de faire du beau pour tout le monde (rires). 

  • Charles : C’est bien, c’est beau ! A l’époque où les dirigeantes d’entreprises n’étaient pas dans les mœurs, comment as-tu pris le fait d’être une femme à la tête d’une entreprise ? Comment tu le vis aujourd’hui ? 

SR : C’était un challenge parmi d’autres, j’ai fait des études d’ingénieur, je crois que l’ont été 15% filles dans l’école. C’est simplement sentir que l’on est capable et ne pas avoir de complexe par rapport au fait que l’on est une femme plutôt qu’un homme. Je n’ai pas eu de problème. Parfois, à l’époque où j’étais consultante, on avait quelques clients qui pouvaient faire la différence de temps en temps. Je me rappelle avoir fait un bilan, il y a eu des moments où ça a été un handicap comme consultante, et d’autre où ça a été un avantage, on ne peut pas dire l’inverse. Je crois que globalement, c’est quelque chose qui se fait assez naturellement, si on se sent capable il n’y a pas de raison qu’il y ait des problèmes.

  • Charles : Aujourd’hui, que dirais-tu aux femmes qui écoutent ce podcast ? Aux femmes qui ont peut-être peur de se lancer comme tu l’as fait un 1998 ?

SR : Il faut y aller. Par contre, ce à quoi il faut réfléchir en amont c’est effectivement quand ça doit se combiner avec une charge familiale. Je me rappelle, quand j’étais consultante j’avais des petites associées qui me disaient « vous avez de la chance de ne pas avoir d’enfant, moi je les ai eu tôt et c’est un handicap maintenant », c’est vrai. J’ai eu mes enfants tard et je trouve que ça m’a permis de faire ce que j’avais envie de faire et de travailler beaucoup avant. Après, FIA, le fait d’être entrepreneur ça permet de gérer ses priorités, et de faire justement la part des choses entre le côté familial et le côté boulot. Je pense que l’on a moins de pression quand l’on prend les décisions soi-même, que quand on a un patron qui nous impose de faire ça plutôt que ça.

  • Charles : Est-ce que tu as un mentor, une source d’inspiration ?

SR : C’est un peu difficile à dire (rires). Je n’ai pas vraiment de mentor, j’aimais bien Anne Lauvergeon mais maintenant elle est très décriée, je n’ose plus en parler. C’était la patronne d’Areva, qui a mon âge donc on ne peut pas dire que c’est un mentor qui m’a inspiré de longue date.

  • Charles : Est-ce que quelqu’un t’a épaulé pendant la période de transition lorsque tu es arrivée ici ? 

SR : Heureusement j’ai été épaulée par mon mari, il m’a soutenu. Il était à ce moment-là salarié et s’est mis à son compte 10 ans plus tard. Donc nous parlons beaucoup le week-end malgré tout de nos soucis, l’un et l’autre. On échange sur la façon de résoudre tel ou tel problème et voir comment on doit célébrer telle ou telle victoire. Je crois qu’il est important lorsque l’on est chef d’entreprise d’avoir un conjoint qui suit bien.

  • Charles : Qu’est-ce qui te motive au quotidien ? 

SR : Qu’est-ce qui me motive au quotidien ? C’est d’avancer avec FIA et de continuer à faire vivre l’entreprise. C’est quand même un défi qui se représente toutes les années. On voit que dans notre secteur d’activité, il subsistait quelques fabricants, et il y a notre principal concurrent qui est en train de renoncer à notre marché. Quelque part, les produits personnalisés, c’est un peu plus compliqué à faire que des produits que l’on fait en série standard. Il faut sur chaque médaille, faire une maquette, convaincre le client que l’on ne peut pas faire ça mais que l’on va faire ça, et ensuite découvrir les problèmes techniques au cours de la fabrication. Il n’y a pas deux médailles qui réagissent de la même façon. Il faut résoudre ses problèmes techniques, pas sur une série de 30 ou 50 pièces, dans le mois, on va en faire 5000 ou 10 000. De ce point de vue, la personnalisation est quand même une complexité et un coût supplémentaire. Il est difficile d’arriver à des prix de revient qui sont toujours satisfaisants et toujours en phase avec la demande du marché. C’est pour cela, que les produits asiatiques font des percées, effectivement, ils ont des prix de revient au niveau de la main d’œuvre en particulier, qui sont encore bas aujourd’hui, même si ça a bien monté depuis qu’ils ont commencé à travailler sur le marché. Ça fait partie des difficultés du métier, et il faut se battre continuellement. Je viens toujours avec l’idée de faire une bonne journée, il faut arriver à la fois à prendre les commandes et à sortir les fabrications, parce que quelques fois c’est difficile aussi au niveau de l’atelier. 

  • Charles : Ducoup tu es arrivée dans l’entreprise à l’époque où la mondialisation était de rigueur. Comme tu nous l’as dit tout à l’heure, tu as lancé ton site internet en 2007, donc tu t’es adaptée à cette mondialisation. Qu’est-ce qui fait qu’aujourd’hui FIA est toujours à Dardilly à côté de Lyon et pas à l’étranger pour réussir à avoir des coûts moindres ?

SR : Je suis attachée à l’équipe d’opérateur qui me suit depuis 22 ans et qui ont le savoir-faire. Ce n’est pas bien facile de répliquer ce genre de mix à l’étranger, en Roumanie ou en Chine, les règles du jeu seraient complètement différentes, et là je dirais que je perds un peu le contact avec mon équipe. Je suis très attachée à cette équipe, je le dis volontiers. D’ailleurs j’avais l’idée de reprendre une petite boîte pour avoir une fabrication, je n’aurais pas voulu d’une société de service ou de conseil où l’on faisait que de la création intellectuelle. J’ai besoin de la partie physique de la fabrication et de la production. Je suis attachée à ça, et aussi à l’équipe FIA. Qui plus est, je dirais que l’on a des équipements amortis depuis un certain temps, ce qui participe à notre compétitivité aujourd’hui. On a une installation de traitement de surface qui ne peut absolument pas déménager en France, dans la mesure où l’on a un certain nombre de bains qui sont dangereux mais on aurait aussi des contraintes en termes d’environnement plus strictes. Donc on est obligés de rester, l’attachement à l’équipe et le fait que notre savoir-faire soit basé sur des machines qui sont ici, il était difficile de répliquer ce savoir-faire ailleurs.

  • Charles : Il y a 3 ans, Louis mon associé, et moi, avons frappés à ta porte pour la fabrication des médailles de nos bracelets. Comment tu nous voyais ?

SR : C’est vrai que l’on a assez souvent des petites demandes, qui ne sont pas des demandes traditionnelles de médailles à offrir dans le cadre d’une opération de relations publiques. On a plusieurs fois des gens qui créaient leur boite, qui démarraient, et très franchement, ça s’est toujours mal passé (rires). Dans la mesure où le porteur de projet n’a pas réussi à imposer ses produits. Bon, il n’y en a pas eu des dizaines, mais 3 ou 4. C’est vrai que j’avais une approche assez prudente. Ceci-dit, faire des médailles personnalisées est notre métier, donc on a fait des médailles personnalisées. Cela nous a demandé un peu d’adaptation, parce que les médaillons en contact avec la peau ne peuvent pas contenir de nickel, donc il a fallu l’enlever de notre traitement de surface. Ce n’est pas quelque chose que l’on fait facilement (rires). Mais effectivement, c’était un projet parmi d’autres, et il est devenu au fil du temps un projet de plus en plus important pour FIA. 

  • Charles : Une belle collaboration. Finalement, nous ne sommes pas comme tes clients habituels, nous ne sommes pas une administration ou une fédération sportive. Qu’est-ce qui a motivé l’idée de travailler avec nous il y a maintenant 4 ans ? 

SR : Nous travaillons volontiers avec les entreprises. Nous n’avons pas de blocage. Les médailles personnalisées comme je l’ai dit toute à l’heure, on en a besoin dans tous les domaines d’activité, que ce soit public ou privé.

  • Charles : On rentrait dans le domaine de prédilection.

SR : Absolument. Faire des choses nouvelles, différentes, séduisantes, nous on aime. Il y avait un petit apriori en se disant « qu’est-ce qui va leur arriver ?». Nous avons beaucoup de clients qui nous commandent 100 pin’s, 150 pin’s, et ça ne va pas plus loin. On a été très chanceux avec vous, car l’on a poursuivi cette activité et que ça représente une part plus importante du chiffre d’affaires. 

  • Charles : Vous avez entrepris dans notre entreprise. C’est important de collaborer pour toi aujourd’hui avec des jeunes entreprises ? Tu penses que l’on est complémentaires ?

SR : Certainement, c’est plus nous qui avons besoin de vous plutôt que vous qui avaient besoin de nous. C’est important le côté made in France et le côté entreprise du Patrimoine Vivant. Faire travailler les industriels qui sont en France alors que ce n’est pas toujours évident, c’est une bonne cause et j’espère qu’il y en a pleins comme vous (rires), et j’espère que vous irez beaucoup plus loin pour envoyer nos médailles en dehors de nos frontières !

  • Charles : Et faire voyager le fabriquer en France, c’est important. Aujourd’hui, plus de 100 000 personnes portent un bracelet Le Vent à la Française ? C’est un honneur pour vous d’avoir réussi à faire voyager son savoir-faire ?

SR : Avec un grand nombre de clients, oui certainement. C’est un très grand plaisir. 

  • Charles : Quelles sont les différentes étapes de fabrication d’une médaille du Vent à la Française, si tu devais résumer rapidement ? 

SR : Elles sont réalisées soit en argent massif soit en laiton. Tout d’abord, on crée un outillage puis ensuite on se sert d’une matrice d’estampage pour les frapper des motifs dans une presse, pour les estamper. Ce sont des petits ronds de métal que l’on va glisser dans la presse, et la matrice va venir imprimer le motif dans le métal. C’est donc un savoir-faire d’estampage. Une fois les médailles frappées, ont peut être amenés à les frapper plusieurs fois, entre chaque frappe on va les recuire dans un grand four dans lequel on craque de l’ammoniaque pour que les médailles restent propres. C’est pour que l’atmosphère à l’intérieur du four soit neutre, il chauffe à 800 degrés, pour que les médailles à la sortir du four ne soient pas corrodées et abimées au niveau de la surface. Ensuite on les découpe dans une presse à découper, où l’on va enlever le métal en trop autour de la médaille. Puis, on va faire le reperçage, dans le cas des médailles en laiton. Puis, on les envoie au traitement de surface, on va les dégraisser, les installer sur des montages et les tremper dans différents bains. Ensuite elles sont vernies, dans le cas des médailles en argent massif on va passer par un polissage intermédiaire, avant de les vernir. Voilà le processus.

  • Charles : Merci pour cette belle explication. Sylvie, on a pour habitude de laisser le mot de la fin à nos invités, si tu as une phrase ou un mot ?

SR : J’ai juste un commentaire sur une expression. « Le revers de la médaille », on parle toujours du revers de la médaille, mais attention au revers de la médaille. Et pourquoi l’on parle du revers de la médaille comme étant quelque chose de négatif ? Parce que dans le temps les orfèvres qui faisaient des médailles, travaillent beaucoup la face de la médaille mais ne prenaient pas beaucoup de précaution sur le revers. Les gens voyaient des médailles magnifiques et quand ils les retournaient il y avait tous les défauts qui apparaissaient et c’était quelque chose de très laid. Donc je voulais simplement dire que le revers de la médaille est souvent le coté obscure de la médaille, la médaille étant le côté noble, le côté brou, le côté que l’on a mérité, la récompense. Chez FIA on sait faire des revers qui sont aussi beaux que les faces, donc si vous voulez une médaille sans revers obscure il faut venir chez FIA ! (rires)

  • Charles : Pour notre médaille c’est Le Vent à la Française, mais ça correspond aussi aux personnes qui fabriquent ces médailles, c’est important de voir « les travailleurs de l’ombre » Merci Sylvie ! 

SR : Merci à vous ! 

Jingle 

Voilà, vous venez d’écouter ce podcast, j’espère qu’il vous a plu et qu’il vous servira pour la suite. N’hésitez pas à partager ce podcast, cela nous permet de faire voyager encore plus loin nos valeurs et notre vision des choses. Et n’oublier pas, « Il n’y a pas de Vent contraire pour celui qui sait où il va ».

Lire la suite
...

Lire la suite
...

Tous les épisodes

Découvrez les derniers épisodes des Podcasts du Vent pour en apprendre plus sur la marque et nos collaborateurs.

Podcast 100%

fabriqué en France

Deux sorties

par mois

Contenu 100%

transparent